
Tribune politique de l’Honorable Ewing YANDA
Bahati Lukwebo trouve toujours un moyen de claquer la porte pour mieux se repositionner. C’est devenu sa marque de fabrique à la fin de chaque régime. Rien d’étonnant, donc, à ce que beaucoup le voient déjà se préparer pour la prochaine présidentielle. Sa récente sortie médiatique tombe mal et soulève de sérieuses interrogations, elle est tout simplement inopportune. En reprenant l’argumentaire du M23, qui prétend justifier son combat par l’existence d’un projet de révision constitutionnelle, il donne l’impression de s’aligner, consciemment, sur la rhétorique des rebelles.
Il possède d’importants intérêts à Bukavu et semble surtout préoccupé par leur protection. Sa posture est un caresse à ceux qui violent notre intégrité territoriale, des laquais du Rwanda. Lorsqu’il évoque la question des hommes et des responsabilités, il devrait pourtant commencer par se regarder dans le miroir. Depuis près de trois décennies, il occupe des postes de premier plan au sommet de l’État. Quel renouveau peut-il incarner aujourd’hui ? Quelle réforme crédible peut brandir, si ce n’est celle qui consiste à placer ses enfants et beaux-fils dans les institutions?
Les révélations récentes de Nicolas Kazadi, ancien Ministre des Finances, en sont une preuve : le budget mensuel du Parlement est passé d’environ 5 milliards de francs congolais en 2017-2018 à près de 45 milliards en 2023, période durant laquelle Bahati Lukwebo présidait le Sénat. Cette explosion des dépenses interroge sur la gestion et les priorités des institutions. Dans un État réellement soucieux de l’intérêt public, une telle situation appellerait à plus de retenue. S’il souhaite dénoncer les responsables de la dérive actuelle, qu’il ait au moins le courage de les nommer clairement. Mais la vérité est plus simple : il figure lui-même parmi les symboles des antivaleurs qui minent notre vie publique.
L’histoire le rappelle d’ailleurs : il fut parmi les mandataires arrêtés par le président Laurent-Désiré Kabila pour détournement des biens publics. Surnommé « Maradona », il demeure fidèle à cette réputation : celle d’un joueur habile, passé maître dans l’art des manœuvres politiques.